1001 Albums Summary

Listening statistics & highlights

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475
Albums Rated
3.35
Average Rating
44%
Complete
614 albums remaining

Rating Distribution

Rating Timeline

Taste Profile

2010
Favorite Decade
Hip-hop
Favorite Genre
US
Top Origin
Wordsmith
Rater Style ?
68
5-Star Albums
47
1-Star Albums

Breakdown

By Genre

Top Styles

By Decade

By Origin

Albums

You Love More Than Most

AlbumYouGlobalDiff
L'Eau Rouge
The Young Gods
5 2.33 +2.67
A Grand Don't Come For Free
The Streets
5 2.63 +2.37
Chelsea Girl
Nico
5 2.63 +2.37
Histoire De Melody Nelson
Serge Gainsbourg
5 2.72 +2.28
Faust IV
Faust
5 2.79 +2.21
Tago Mago
Can
5 2.81 +2.19
This Nation’s Saving Grace
The Fall
5 2.89 +2.11
E.V.O.L.
Sonic Youth
5 2.9 +2.1
Black Monk Time
The Monks
5 2.94 +2.06
Vauxhall And I
Morrissey
5 2.96 +2.04

You Love Less Than Most

AlbumYouGlobalDiff
The Dark Side Of The Moon
Pink Floyd
1 4.43 -3.43
Led Zeppelin IV
Led Zeppelin
1 4.33 -3.33
Wish You Were Here
Pink Floyd
1 4.3 -3.3
Led Zeppelin II
Led Zeppelin
1 4.09 -3.09
Led Zeppelin
Led Zeppelin
1 4.07 -3.07
Led Zeppelin III
Led Zeppelin
1 3.94 -2.94
Ten
Pearl Jam
1 3.9 -2.9
Physical Graffiti
Led Zeppelin
1 3.9 -2.9
Can't Buy A Thrill
Steely Dan
1 3.73 -2.73
Out Of The Blue
Electric Light Orchestra
1 3.63 -2.63

Artists

Favorites

ArtistAlbumsAverage
Nirvana 3 5
Sonic Youth 3 5
U2 3 4.67
The Pogues 2 5
Portishead 2 5
AC/DC 2 5
Joy Division 2 5
Radiohead 2 5
The Cure 2 5
Pixies 2 5
Beck 3 4.33
Neil Young 3 4.33
Bruce Springsteen 3 4.33

Least Favorites

ArtistAlbumsAverage
Led Zeppelin 5 1
Steely Dan 4 1
Yes 3 1
Joni Mitchell 2 1
Pink Floyd 2 1
Iron Maiden 2 1
Genesis 2 1.5
Red Hot Chili Peppers 2 1.5
Queen 2 1.5
The Who 3 2

5-Star Albums (68)

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Popular Reviews

L'Eau Rouge by The Young Gods

On est en 1989, j'ai 19 ans. C'est l'année où le Mur tombe, mais moi, je suis occupé à me prendre une autre sorte de parpaing en pleine gueule. On va être clair tout de suite : la Suisse, musicalement, pour moi, c'était le néant ou pire, c'était Yello (que je respecte, attention) ou des trucs prog bizarres. Et là, débarquent de Genève ces types, The Young Gods. Rien que le nom, ça sonne comme une promesse ou un blasphème, ça dépend de quel côté de la barrière on se place. J'ai découvert cet album, "L'Eau Rouge", juste avant de commencer à bosser en radio. À l'époque, je traînais mes guêtres dans les concerts bruyants, je me nourrissais de Sonic Youth, de Joy Division et de trucs bien noirs. Et là, je tombe sur cet OVNI. Ce disque, c'est une anomalie, une aberration magnifique. Un album beau comme un accident de voiture au ralenti sous la pluie. Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut imaginer le concept. On est à la fin des années 80, le sampler commence à être partout, mais généralement, c'est pour faire du hip-hop ou de la house. Eux ? Que dalle car Franz Treichler et sa bande utilisent le sampler pour recréer du rock. Mais pas n'importe comment. Ils ne jouent pas de la guitare, ils jouent des samples de guitare sur des claviers et la nuance est énorme. Ça donne un son chirurgical, froid, massif, une sorte de mur de briques sonores monté par des architectes sous acides. Dès l'ouverture avec "La Fille de la Mort", tu comprends que tu n'es pas là pour rigoler. C'est martial, c'est industriel, mais putain, qu'est-ce que c'est lyrique ! C'est ça le génie des Young Gods : réussir à marier la puissance de feu du metal industriel (on pense à Godflesh, que j'adore par-dessus tout) avec une espèce de poésie de cabaret berlinois décadent. Treichler ne gueule pas comme un veau, il chante. Il a cette voix de crooner toxique, un peu chaman, un peu clochard céleste, qui te raconte des histoires sordides avec une classe internationale. Et puis arrive le morceau titre, "L'Eau Rouge". Une valse, oui, une putain de valse industrielle. C'est lent, c'est lourd, c'est beau à en chialer. C'est là que le disque bascule pour moi de "très bon" à "chef-d'œuvre absolu". Il y a cette ambiance poisseuse, comme une fin de nuit trop arrosée où tu ne sais plus si tu vas embrasser ou frapper ton voisin. Franchement, balancer ça sur une rythmique qui semble être jouée par des machines-outils, il fallait oser. C'est théâtral sans être ridicule, c'est tout simplement grandiose. Ce qui me fascine avec cet album, et c'est ce que je répétais à longueur de journée aux clients quand je bossais chez ce disquaire indé quelques années plus tard, c'est l'espace. Contrairement aux groupes de rock qui remplissent tout, les Young Gods laissent des trous. Il y a du silence entre les frappes de batterie (une vraie batterie, tenue par l'incroyable Use Hiestand, qui cogne comme un bûcheron). Ce mélange d'organique et de synthétique, c'est la recette miracle. On dirait du blues joué par des robots dépressifs. Et puis, il y a ce côté "chanson française" qui déraille. On sent l'héritage de Brel, si Brel avait troqué son accordéon contre un Akai S900 et une pédale de distorsion, c'est ce qui rend le truc unique. Ministry ou Nine Inch Nails, c'est bien, c'est efficace, mais c'est américain mais ça manque de ce spleen européen, de cette élégance un peu "vieux continent" fatigué. "L'Eau Rouge", c'est la bande-son d'une Europe qui se regarde dans le miroir et qui voit ses cernes. J'écoute ça aujourd'hui, en 2026, et ça n'a pas pris une ride, c'est même effrayant de modernité. La production est sèche, précise et rien ne dépasse, c'est l'horlogerie suisse appliquée au chaos sonore. Dans ma discothèque, il est rangé pas loin de "Streetcleaner" de Godflesh et de "Daydream Nation" de Sonic Youth. C'est la sainte trinité du bruit intelligent. "L'Eau Rouge", c'est l'album que je sors quand je veux expliquer à quelqu'un que la musique électronique, ce n'est pas que pour danser en mangeant des pastilles colorées. C'est aussi pour invoquer des démons et boire du vin rouge jusqu'à l'aube. 5 sur 5, évidemment car c'est un album monumental. "C'est la fille de la mort qui m'a montré son corps Et celle du procureur qui m'a volé mon coeur C'est la fille de la mort qui m'a montré son corps Et celle du boulevard qui m'a planté son dard" 😀

Different Class by Pulp

Sorti en octobre 1995, "Different Class" du groupe Pulp, mené par l'iconique Jarvis Cocker, est une fresque sociale acerbe, un regard lucide et souvent hilarant sur les complexités de la société britannique, ses divisions de classes et les aspirations parfois déçues de sa jeunesse. Dès la pochette, le ton est donné. Une photographie de mariage, choisie parmi plusieurs options alternatives, illustre avec une ironie mordante le thème central de l'album : la confrontation des classes sociales, l'envie, le désir d'appartenir ou, au contraire, de rejeter un certain milieu. Les paroles de Jarvis Cocker, fines, poétiques et souvent teintées d'un humour noir délectable, dissèquent les interactions humaines, les faux-semblants et les angoisses existentielles. L'album s'ouvre sur le monumental "Mis-Shapes", un appel vibrant aux inadaptés, aux marginaux, à ceux qui ne rentrent pas dans le moule. C'est une déclaration d'intention, une affirmation de la fierté d'être différent. Suivent des titres qui deviendront des classiques, à commencer par l'hymne intergénérationnel "Common People". Cette chanson, basée sur une rencontre réelle de Jarvis Cocker avec une étudiante grecque fortunée fascinée par la "vie des gens ordinaires", est une critique cinglante du "tourisme de la pauvreté" et une exploration poignante du fossé entre les classes. La narration est brillante, l'instrumentation monte en puissance pour culminer dans un refrain fédérateur. Mais "Different Class" ne se résume pas à "Common People". Chaque piste offre une facette différente du talent de Pulp. "Disco 2000", avec sa mélodie entraînante et sa nostalgie douce-amère, raconte l'histoire d'un amour de jeunesse et le passage du temps, évoquant des souvenirs d'école et des promesses non tenues. C'est une chanson universelle sur l'amitié et les rendez-vous manqués, portée par un optimisme teinté de mélancolie. L'album explore également des thèmes plus sombres et introspectifs. "Sorted for E's & Wizz" dépeint l'expérience d'un festival de musique et la consommation de drogues avec une honnêteté brute, ce qui valut à l'époque au groupe quelques controverses. "I Spy" est un autre morceau marquant, avec son ambiance cinématographique et ses paroles provocatrices sur le voyeurisme et la jalousie sociale. Jarvis Cocker y incarne un personnage observant avec envie et ressentiment la vie des plus nantis, rêvant de s'immiscer dans leur intimité. La tension monte crescendo, soutenue par des arrangements orchestraux grandioses qui contrastent avec la trivialité apparente du sujet. La production de Chris Thomas, qui avait notamment travaillé avec les Sex Pistols et Roxy Music, est impeccable. Elle confère à l'album un son à la fois glamour et brut, sophistiqué et direct. Les mélodies sont accrocheuses, les arrangements riches et inventifs, mêlant guitares incisives, synthétiseurs new wave, et cordes luxuriantes. La voix de Jarvis Cocker, tantôt crooner désabusé, tantôt tribun enflammé, est au centre de cet univers sonore unique. Son phrasé particulier, sa diction impeccable et son charisme naturel font de lui l'un des frontmen les plus captivants de sa génération. Au-delà des singles à succès, des morceaux comme "Pencil Skirt", avec sa sensualité trouble et son ambiance de film noir, ou "Something Changed", ballade touchante sur la nature imprévisible de l'amour, démontrent la versatilité du groupe. "Live Bed Show" offre une description crue et mélancolique d'une relation qui s'étiole, tandis que "Monday Morning" dépeint la monotonie et le désespoir du quotidien avec une justesse désarmante. "Different Class" a connu un succès critique et commercial retentissant, remportant le prestigieux Mercury Prize en 1996, devançant des albums d'artistes comme Oasis ou Radiohead. Il a propulsé Pulp au rang de stars internationales et a solidifié leur place au panthéon de la Britpop, aux côtés de Blur et Oasis, bien que leur approche et leurs thématiques aient toujours été singulières. Au final ce sera un 4 sur 5 pour un commentaire social puissant.

Ah, The Fall. On tombe sur un gros morceau, là. Pas le genre de disque qu'on écoute en faisant la vaisselle ou en passant l'aspirateur. Non, The Fall, ça se mérite, ça s'apprivoise ou plutôt, ça vous tabasse jusqu'à ce que vous tombiez amoureux, comme un bon vieux syndrome de Stockholm musical. Dans la grande liste des "1001 Albums", il y a des évidences, des monuments que tout le monde connaît. Et puis il y a The Fall, un secret de polichinelle, un culte, une épine dans le pied de la pop music depuis quarante ans. Alors, mettons les choses au clair tout de suite. The Fall, ce n'est pas vraiment un groupe. C'est un homme, le regretté, l'immense, le tyrannique, le génial et probablement insupportable Mark E. Smith, accompagné d'un contingent de musiciens interchangeables qui ont eu le courage (ou l'inconscience) de le suivre pendant une période plus ou moins longue. On parle de plus de soixante musiciens différents au cours de leur carrière. C'est plus un régiment qu'un groupe de rock. Mark E. Smith, c'était le général, le poète maudit, le prophète du coin de la rue, le pilier de bar qui vous sort des vérités acides entre deux pintes de bière tiède. Et ce "This Nation's Saving Grace", sorti en 1985, est souvent considéré comme leur apogée, le moment où la formule magique a atteint son point de fusion parfait. 1985, putain, l'année où le monde se pâmait devant le brushing de a-ha et les synthés dégoulinants de bons sentiments. Pendant ce temps, à Manchester, Mark E. Smith et sa troupe enregistraient un brûlot qui sonne encore aujourd'hui plus moderne et pertinent que 90% de la production actuelle. On qualifie souvent The Fall de "post-punk". C'est vrai, mais c'est aussi réducteur que de dire que John Zorn fait du "jazz". Il y a du punk dans l'énergie brute, dans le refus du compromis mais il y a tellement plus. Il y a ce rockabilly mutant, décharné, qui aurait fricoté avec des extraterrestres et pris de mauvaises drogues. Il y a cette obsession pour le "krautrock" allemand, avec ses rythmes répétitifs, hypnotiques, ce fameux "motorik" qui vous vrille le cerveau jusqu'à la transe. Il y a ce garage rock crasseux, joué avec une précision diabolique. "This Nation's Saving Grace" est l'exemple parfait de cet équilibre. C'est peut-être leur album le plus "accessible". Et je mets des guillemets gros comme des maisons, parce que l'accessibilité chez The Fall, c'est relatif. C'est accessible comme un chat sauvage qui vous laisserait l'approcher avant de vous lacérer le bras. La production de John Leckie (qui avait bossé avec Magazine et les Simple Minds, excusez du peu) est plus claire, plus ample que sur leurs précédents méfaits. Surtout, c'est l'album de la fameuse doublette de guitaristes : Brix Smith, l'épouse américaine de Mark, et le fidèle Craig Scanlon. Leur jeu est une merveille d'entrelacs de mélodies tordues et de riffs anguleux. Ça sonne presque "pop" par moments, mais une pop qui aurait été passée au papier de verre, une pop intelligente et venimeuse. Et puis, il y a la voix de Smith. Enfin, "la voix"... Le débit, le phrasé, cette manière unique de déclamer, de marmonner, de cracher ses textes comme s'il lisait le bulletin municipal d'une ville sous acide. C'est un instrument à part entière. On ne comprend pas toujours tout, et c'est tant mieux. On se laisse porter par le son, par la cadence, par ce ricanement permanent qui semble dire : "Vous pigez rien à ce qui se passe, bande de cons, mais moi, je vois tout." Les paroles sont un collage surréaliste de critiques sociales acerbes, de personnages louches et d'observations du quotidien vues à travers un prisme déformant. C'est de la poésie prolétaire, brute, sans fioritures. Cet album est un monolithe, c'est un labyrinthe sonore dans lequel il fait bon se perdre. Chaque écoute révèle de nouveaux détails : un clavier dissonant caché derrière une guitare, une ligne de basse qui semble jouer sa propre partition, un "YAH !" hargneux de Smith qui surgit de nulle part. C'est un disque qui refuse la facilité, qui vous demande un effort. Il ne vient pas à vous, c'est à vous d'aller à lui. Mais une fois que vous y êtes entré, vous ne voulez plus en sortir. C'est complexe, inventif, dérangeant, brillant, claustrophobe et étrangement jubilatoire. C'est tout ce que j'aime, c'est l'anti-rock-de-stade par excellence. C'est la bande-son parfaite pour un monde qui part en couilles, et c'est pour ça qu'elle est toujours aussi pertinente. Il y a des albums qui vous caressent dans le sens du poil, et il y en a qui vous filent une bonne claque pour vous réveiller. "This Nation's Saving Grace" est de la seconde catégorie. Un chef-d'oeuvre absolu, un pilier de la musique indépendante. Un putain de 5 sur 5, indiscutable. C'est pas de la musique, c'est The Fall. Point.

Kenya by Machito

Ah, 1957. L'année où le Sputnik faisait bip-bip au-dessus de nos têtes et où l'Amérique bien-pensante commençait sérieusement à flipper rouge. Mais pendant que la Guerre Froide gelait les relations diplomatiques, ça chauffait sérieusement dans les clubs de New York. Nous voilà donc arrivés à une nouvelle étape de notre chemin de croix... pardon, de notre merveilleuse exploration des 1001 albums qu'il faut avoir écoutés avant de passer l'arme à gauche. Mais tout d'abord remettons les pendules à l'heure. Machito, de son vrai nom Francisco Raúl Gutiérrez Grillo (on comprend qu'il ait raccourci), c'est pas n'importe qui. C'est un peu le parrain de l'Afro-Cuban Jazz et avec son beau-frère, le génial Mario Bauzá — qui est le véritable architecte sonore de l'affaire — ils ont passé les années 40 à marier le be-bop new-yorkais avec les rythmes de La Havane. On appelle ça le "Cu-Bop", c'est un peu comme si Charlie Parker avait décidé de passer ses vacances à Santiago de Cuba et ne voulait plus rentrer. Quand "Kenya" débarque en 1957 sur le label Roulette, le Latin Jazz n'est plus une nouveauté effrayante, c'est devenu la bande-son de la sophistication urbaine. Mais attention, ici, on n'est pas dans la musique d'ascenseur pour touriste égaré en chemise à fleurs. C'est du sérieux, c'est de l'artillerie lourde. L'album est presque entièrement instrumental et c'est un choix audacieux pour l'époque où le crooner était roi. L'idée était de laisser la place aux solistes et, bordel, quels solistes ! On retrouve des pointures comme Cannonball Adderley au saxophone alto. Oui, le même Cannonball qui brillera chez Miles Davis peu après. Rien que ça, ça devrait vous faire dresser l'oreille. Dès l'ouverture avec "Wild Jungle", le ton est donné car le titre ne ment pas. C'est une déferlante de percussions. José Mangual, Uba Nieto, Candido Camero... ces types-là ne tapent pas sur des tambours, ils conversent avec. La section rythmique est d'une densité affolante. Pour un amateur de musique industrielle ou de noise comme moi, il y a quelque chose de fascinant à écouter cette complexité rythmique. Ce n'est pas du bruit blanc, c'est du bruit organisé. Ce qui frappe avec la version remasterisée de 2000, c'est la clarté de l'ensemble. Pour un enregistrement de 57, ça claque. Les cuivres sont tranchants comme des rasoirs et quand la section de trompettes (avec Doc Cheatham et Joe Newman) décide de monter dans les aigus, c'est pas pour faire de la figuration. Ça te décolle la tapisserie. Des morceaux comme "Tin Tin Deo" (un standard co-écrit par le légendaire Chano Pozo) ou "Minor Rama" montrent toute l'intelligence des arrangements de Bauzá. C'est fluide, ça swingue, ça transpire la classe. Il y a cette énergie vitale, ce truc qui te donne envie de bouger. "Holiday" et "Blues À La Machito" tentent cette fusion improbable entre la grille de blues traditionnelle américaine et la syncope latine. C'est techniquement irréprochable, c'est virtuose, c'est brillant. Alors pourquoi, malgré tout ce talent, on reste sur notre faim ? Pourquoi cette note de 3/5 me semble, au final, parfaitement justifiée ? Pour une raison simple, ça reste du jazz tout ce qu'il y a de plus classique. Et c'est là tout le paradoxe de ce genre d'album "historique". En 1957, "Kenya" était sans doute une bombe exotique, une invitation au voyage, une audace rythmique. Aujourd'hui ? C'est devenu le vocabulaire standard. On a tellement entendu ces rythmes, ces arrangements de cuivres, que ce soit dans des films, des pubs, ou repris par des milliers de groupes de salsa, que l'effet de surprise est totalement émoussé. Pour moi et j'espère pour vous, les enfants du post-punk et de l'indie rock, habitués aux structures déconstruites, aux dissonances et aux atmosphères pesantes, Kenya sonne... "propre". Voir trop propre ? Peut-être. C'est une musique qui demande à être admirée pour sa technicité et son entrain, mais qui ne va pas changer notre vie. C'est ce que j'appelle un "album de musée". On le regarde (ou on l'écoute) avec respect. On hoche la tête en disant "Ah oui, Cannonball Adderley, quel phrasé !", "Ah, cette polyrythmie, c'est du génie !". Mais est-ce qu'on a envie de le remettre sur la platine une fois fini ? Pas sûr. C'est un disque qu'on est content d'avoir écouté pour sa culture, pour comprendre d'où vient toute une partie du jazz moderne, mais qui ne va pas changer notre vie. C'est un "bon" album, un très bon album de genre. La version remasterisée lui rend justice et permet d'apprécier le travail d'orfèvre des musiciens. Mais ça reste, in fine, une musique de célébration, d'extériorisation, là où mes goûts me portent souvent vers l'introspection ou la catharsis sonore. Alors je garde le 3/5 car c'est la note du respect. Le respect pour Machito, pour Bauzá, pour ces musiciens incroyables qui ont pavé la voie. Mais on ne va pas se mentir : ce soir, je vais probablement me remettre un petit Godflesh pour me nettoyer les oreilles. Allez, au suivant. La liste est encore longue.

Putain, mais qu'est-ce que c'est que cette merde ? Voilà en substance ce que j'ai dû me dire en 2000 quand cette bombe thermonucléaire a explosé à la face du monde. Faut remettre les choses dans leur contexte. J'ai 30 piges, le rap, j'en bouffe depuis des années, j'ai vu passer le meilleur comme le pire. Mais ça… ça, c'était autre chose. Un petit blanc-bec du Michigan qui débarque avec la rage d'un pitbull enragé et un flow qui pourrait décaper la Tour Eiffel. J'avoue, au début, j'étais sceptique. Encore un produit marketing calibré pour vendre du "gangsta rap" aux kids des banlieues pavillonnaires ? Sauf que le mec en question était produit par Dr. Dre. Et ça, ça change tout. Le premier album, "The Slim Shady LP", avait déjà posé les bases : un humour noir décapant, une technique irréprochable et un personnage, Slim Shady, complètement taré, qui disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, en pire. Mais avec "The Marshall Mathers LP", on est passé à un autre niveau. Fini de rire. Enfin si, on rit, mais jaune. C'est l'album de la confirmation, de l'explosion, du "allez tous vous faire foutre" globalisé. C'est un de ces disques qui te prend aux tripes et ne te lâche plus. Un uppercut de 72 minutes. C'est un album de combat, et c'est exactement ça. Eminem, ou plutôt Marshall Mathers, règle ses comptes. Avec qui ? Avec tout le monde, sans exception. La liste est longue comme le bras : la presse qui le traîne dans la boue, les critiques qui ne comprennent rien, les fans trop collants, les autres rappeurs qui le jalousent, Britney Spears, Christina Aguilera, *NSYNC… toute cette soupe pop qui inondait les ondes. Sa mère, bien sûr, qui en prend plein la gueule sur "Kill You". Sa femme, Kim, dans une chanson d'une violence inouïe qui porte son nom et qui se termine par le bruit d'une voiture qui plonge dans un lac. Sa maison de disques, les radios, le gouvernement, Dieu lui-même et, surtout, lui. Une auto-flagellation en règle. C'est ça, la force de ce disque. Cette schizophrénie constante entre Marshall, le gamin paumé de Detroit qui a galéré toute sa vie, et Slim Shady, son double maléfique, son exutoire, ce monstre qu'il a créé et qui le dépasse. C'est lui qui se charge des basses besognes. C'est Shady le misogyne, l'homophobe, le raciste, le sociopathe. C'est un artifice, une provocation ultime. Et bordel, qu'est-ce que c'est bien fait. Il pousse le bouchon tellement loin que ça en devient presque de l'art. Il a fait de la vulgarité une poésie. Une poésie crade, violente, dérangeante, mais une poésie quand même. Il a cette façon unique de jongler avec les mots, les rimes internes, les allitérations, une technique qui a mis à genoux les plus grands noms du rap. Comment un blanc a-t-il pu s'imposer dans un milieu si codifié, si majoritairement noir ? Il le dit lui-même sur "Who Knew" : "I don’t do black music/I don’t do white music". Il fait sa propre musique. Une musique de combat pour les gamins du lycée, comme il le clame. Une musique qui parle de la frustration, de la colère, du sentiment d'être un paria. Et ça, c'est universel. Que tu sois un gamin blanc du Nebraska ou un jeune noir du Bronx, tu peux te reconnaître dans cette rage. C'est là qu'il a réussi le tour de force de populariser le hip-hop dans des couches de la société qui en étaient jusqu'alors hermétiques. Vingt-cinq ans plus tard, le disque n'a pas pris une ride. Les prods de Dre sont toujours aussi monstrueuses, ce mélange de G-funk lancinant et de samples cartoonesques fonctionne à merveille. Les flows d'Eminem sont d'une précision chirurgicale, changeant de rythme, de ton, avec une facilité déconcertante. Des morceaux comme "Stan", ce dialogue épistolaire tragique avec un fan obsessionnel, samplant la douce Dido, c'est du génie pur. "The Way I Am", cette explosion de colère brute contre la célébrité. "The Real Slim Shady", ce tube planétaire à l'humour potache mais au flow dévastateur. Il n'y a rien à jeter. C'est un classique, un putain de chef-d'oeuvre. Un album qui a marqué son époque et qui continue de résonner aujourd'hui. Il est au sommet de sa discographie, à égalité avec "The Eminem Show" qui viendra confirmer son statut de superstar. C'est un monument. Alors ouais, un gros 5/5. Et pour ceux que ça dérange… "So you can suck my dick if you don't like, my shit".

4-Star Albums (163)

1-Star Albums (47)

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Wordsmith

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