1001 Albums Summary

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Journey in Progress

Discovering music one album at a time

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5-Star Albums
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AlbumYouGlobalDiff
Chelsea Girl 5 2.63 +2.37
A Grand Don't Come For Free 5 2.67 +2.33
Histoire De Melody Nelson 5 2.76 +2.24
Tago Mago 5 2.79 +2.21
This Nation’s Saving Grace 5 2.89 +2.11
Black Monk Time 5 2.94 +2.06
The Dreaming 5 2.96 +2.04
Vauxhall And I 5 2.96 +2.04
Fuzzy 5 3.01 +1.99
Scum 4 2.07 +1.93

You Love Less Than Most

Albums you rated lower than global average

AlbumYouGlobalDiff
The Dark Side Of The Moon 1 4.43 -3.43
Led Zeppelin IV 1 4.37 -3.37
Wish You Were Here 1 4.3 -3.3
Led Zeppelin III 1 3.96 -2.96
Ten 1 3.92 -2.92
Physical Graffiti 1 3.92 -2.92
Can't Buy A Thrill 1 3.72 -2.72
Out Of The Blue 1 3.64 -2.64
The Number Of The Beast 1 3.59 -2.59
Head Hunters 1 3.56 -2.56

Artist Analysis

Favorite Artists

Artists with 2+ albums and high weighted score

ArtistAlbumsAvgScore
The Pogues 2 5 3.8
Portishead 2 5 3.8
Radiohead 2 5 3.8
The Cure 2 5 3.8
Nirvana 2 5 3.8
Beck 3 4.33 3.67
Neil Young 3 4.33 3.67

Least Favorite Artists

Artists with 2+ albums and low weighted score

ArtistAlbumsAvgScore
Yes 3 1 2
Led Zeppelin 3 1 2
Steely Dan 2 1 2.2
Pink Floyd 2 1 2.2
Iron Maiden 2 1 2.2
Genesis 2 1.5 2.4
Red Hot Chili Peppers 2 1.5 2.4
The Who 3 2 2.5

5-Star Albums (42)

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Popular Reviews

4/5
Sorti en octobre 1995, "Different Class" du groupe Pulp, mené par l'iconique Jarvis Cocker, est une fresque sociale acerbe, un regard lucide et souvent hilarant sur les complexités de la société britannique, ses divisions de classes et les aspirations parfois déçues de sa jeunesse. Dès la pochette, le ton est donné. Une photographie de mariage, choisie parmi plusieurs options alternatives, illustre avec une ironie mordante le thème central de l'album : la confrontation des classes sociales, l'envie, le désir d'appartenir ou, au contraire, de rejeter un certain milieu. Les paroles de Jarvis Cocker, fines, poétiques et souvent teintées d'un humour noir délectable, dissèquent les interactions humaines, les faux-semblants et les angoisses existentielles. L'album s'ouvre sur le monumental "Mis-Shapes", un appel vibrant aux inadaptés, aux marginaux, à ceux qui ne rentrent pas dans le moule. C'est une déclaration d'intention, une affirmation de la fierté d'être différent. Suivent des titres qui deviendront des classiques, à commencer par l'hymne intergénérationnel "Common People". Cette chanson, basée sur une rencontre réelle de Jarvis Cocker avec une étudiante grecque fortunée fascinée par la "vie des gens ordinaires", est une critique cinglante du "tourisme de la pauvreté" et une exploration poignante du fossé entre les classes. La narration est brillante, l'instrumentation monte en puissance pour culminer dans un refrain fédérateur. Mais "Different Class" ne se résume pas à "Common People". Chaque piste offre une facette différente du talent de Pulp. "Disco 2000", avec sa mélodie entraînante et sa nostalgie douce-amère, raconte l'histoire d'un amour de jeunesse et le passage du temps, évoquant des souvenirs d'école et des promesses non tenues. C'est une chanson universelle sur l'amitié et les rendez-vous manqués, portée par un optimisme teinté de mélancolie. L'album explore également des thèmes plus sombres et introspectifs. "Sorted for E's & Wizz" dépeint l'expérience d'un festival de musique et la consommation de drogues avec une honnêteté brute, ce qui valut à l'époque au groupe quelques controverses. "I Spy" est un autre morceau marquant, avec son ambiance cinématographique et ses paroles provocatrices sur le voyeurisme et la jalousie sociale. Jarvis Cocker y incarne un personnage observant avec envie et ressentiment la vie des plus nantis, rêvant de s'immiscer dans leur intimité. La tension monte crescendo, soutenue par des arrangements orchestraux grandioses qui contrastent avec la trivialité apparente du sujet. La production de Chris Thomas, qui avait notamment travaillé avec les Sex Pistols et Roxy Music, est impeccable. Elle confère à l'album un son à la fois glamour et brut, sophistiqué et direct. Les mélodies sont accrocheuses, les arrangements riches et inventifs, mêlant guitares incisives, synthétiseurs new wave, et cordes luxuriantes. La voix de Jarvis Cocker, tantôt crooner désabusé, tantôt tribun enflammé, est au centre de cet univers sonore unique. Son phrasé particulier, sa diction impeccable et son charisme naturel font de lui l'un des frontmen les plus captivants de sa génération. Au-delà des singles à succès, des morceaux comme "Pencil Skirt", avec sa sensualité trouble et son ambiance de film noir, ou "Something Changed", ballade touchante sur la nature imprévisible de l'amour, démontrent la versatilité du groupe. "Live Bed Show" offre une description crue et mélancolique d'une relation qui s'étiole, tandis que "Monday Morning" dépeint la monotonie et le désespoir du quotidien avec une justesse désarmante. "Different Class" a connu un succès critique et commercial retentissant, remportant le prestigieux Mercury Prize en 1996, devançant des albums d'artistes comme Oasis ou Radiohead. Il a propulsé Pulp au rang de stars internationales et a solidifié leur place au panthéon de la Britpop, aux côtés de Blur et Oasis, bien que leur approche et leurs thématiques aient toujours été singulières. Au final ce sera un 4 sur 5 pour un commentaire social puissant.
4 likes
Ah, The Fall. On tombe sur un gros morceau, là. Pas le genre de disque qu'on écoute en faisant la vaisselle ou en passant l'aspirateur. Non, The Fall, ça se mérite, ça s'apprivoise ou plutôt, ça vous tabasse jusqu'à ce que vous tombiez amoureux, comme un bon vieux syndrome de Stockholm musical. Dans la grande liste des "1001 Albums", il y a des évidences, des monuments que tout le monde connaît. Et puis il y a The Fall, un secret de polichinelle, un culte, une épine dans le pied de la pop music depuis quarante ans. Alors, mettons les choses au clair tout de suite. The Fall, ce n'est pas vraiment un groupe. C'est un homme, le regretté, l'immense, le tyrannique, le génial et probablement insupportable Mark E. Smith, accompagné d'un contingent de musiciens interchangeables qui ont eu le courage (ou l'inconscience) de le suivre pendant une période plus ou moins longue. On parle de plus de soixante musiciens différents au cours de leur carrière. C'est plus un régiment qu'un groupe de rock. Mark E. Smith, c'était le général, le poète maudit, le prophète du coin de la rue, le pilier de bar qui vous sort des vérités acides entre deux pintes de bière tiède. Et ce "This Nation's Saving Grace", sorti en 1985, est souvent considéré comme leur apogée, le moment où la formule magique a atteint son point de fusion parfait. 1985, putain, l'année où le monde se pâmait devant le brushing de a-ha et les synthés dégoulinants de bons sentiments. Pendant ce temps, à Manchester, Mark E. Smith et sa troupe enregistraient un brûlot qui sonne encore aujourd'hui plus moderne et pertinent que 90% de la production actuelle. On qualifie souvent The Fall de "post-punk". C'est vrai, mais c'est aussi réducteur que de dire que John Zorn fait du "jazz". Il y a du punk dans l'énergie brute, dans le refus du compromis mais il y a tellement plus. Il y a ce rockabilly mutant, décharné, qui aurait fricoté avec des extraterrestres et pris de mauvaises drogues. Il y a cette obsession pour le "krautrock" allemand, avec ses rythmes répétitifs, hypnotiques, ce fameux "motorik" qui vous vrille le cerveau jusqu'à la transe. Il y a ce garage rock crasseux, joué avec une précision diabolique. "This Nation's Saving Grace" est l'exemple parfait de cet équilibre. C'est peut-être leur album le plus "accessible". Et je mets des guillemets gros comme des maisons, parce que l'accessibilité chez The Fall, c'est relatif. C'est accessible comme un chat sauvage qui vous laisserait l'approcher avant de vous lacérer le bras. La production de John Leckie (qui avait bossé avec Magazine et les Simple Minds, excusez du peu) est plus claire, plus ample que sur leurs précédents méfaits. Surtout, c'est l'album de la fameuse doublette de guitaristes : Brix Smith, l'épouse américaine de Mark, et le fidèle Craig Scanlon. Leur jeu est une merveille d'entrelacs de mélodies tordues et de riffs anguleux. Ça sonne presque "pop" par moments, mais une pop qui aurait été passée au papier de verre, une pop intelligente et venimeuse. Et puis, il y a la voix de Smith. Enfin, "la voix"... Le débit, le phrasé, cette manière unique de déclamer, de marmonner, de cracher ses textes comme s'il lisait le bulletin municipal d'une ville sous acide. C'est un instrument à part entière. On ne comprend pas toujours tout, et c'est tant mieux. On se laisse porter par le son, par la cadence, par ce ricanement permanent qui semble dire : "Vous pigez rien à ce qui se passe, bande de cons, mais moi, je vois tout." Les paroles sont un collage surréaliste de critiques sociales acerbes, de personnages louches et d'observations du quotidien vues à travers un prisme déformant. C'est de la poésie prolétaire, brute, sans fioritures. Cet album est un monolithe, c'est un labyrinthe sonore dans lequel il fait bon se perdre. Chaque écoute révèle de nouveaux détails : un clavier dissonant caché derrière une guitare, une ligne de basse qui semble jouer sa propre partition, un "YAH !" hargneux de Smith qui surgit de nulle part. C'est un disque qui refuse la facilité, qui vous demande un effort. Il ne vient pas à vous, c'est à vous d'aller à lui. Mais une fois que vous y êtes entré, vous ne voulez plus en sortir. C'est complexe, inventif, dérangeant, brillant, claustrophobe et étrangement jubilatoire. C'est tout ce que j'aime, c'est l'anti-rock-de-stade par excellence. C'est la bande-son parfaite pour un monde qui part en couilles, et c'est pour ça qu'elle est toujours aussi pertinente. Il y a des albums qui vous caressent dans le sens du poil, et il y en a qui vous filent une bonne claque pour vous réveiller. "This Nation's Saving Grace" est de la seconde catégorie. Un chef-d'oeuvre absolu, un pilier de la musique indépendante. Un putain de 5 sur 5, indiscutable. C'est pas de la musique, c'est The Fall. Point.
3 likes
Putain, mais qu'est-ce que c'est que cette merde ? Voilà en substance ce que j'ai dû me dire en 2000 quand cette bombe thermonucléaire a explosé à la face du monde. Faut remettre les choses dans leur contexte. J'ai 30 piges, le rap, j'en bouffe depuis des années, j'ai vu passer le meilleur comme le pire. Mais ça… ça, c'était autre chose. Un petit blanc-bec du Michigan qui débarque avec la rage d'un pitbull enragé et un flow qui pourrait décaper la Tour Eiffel. J'avoue, au début, j'étais sceptique. Encore un produit marketing calibré pour vendre du "gangsta rap" aux kids des banlieues pavillonnaires ? Sauf que le mec en question était produit par Dr. Dre. Et ça, ça change tout. Le premier album, "The Slim Shady LP", avait déjà posé les bases : un humour noir décapant, une technique irréprochable et un personnage, Slim Shady, complètement taré, qui disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, en pire. Mais avec "The Marshall Mathers LP", on est passé à un autre niveau. Fini de rire. Enfin si, on rit, mais jaune. C'est l'album de la confirmation, de l'explosion, du "allez tous vous faire foutre" globalisé. C'est un de ces disques qui te prend aux tripes et ne te lâche plus. Un uppercut de 72 minutes. C'est un album de combat, et c'est exactement ça. Eminem, ou plutôt Marshall Mathers, règle ses comptes. Avec qui ? Avec tout le monde, sans exception. La liste est longue comme le bras : la presse qui le traîne dans la boue, les critiques qui ne comprennent rien, les fans trop collants, les autres rappeurs qui le jalousent, Britney Spears, Christina Aguilera, *NSYNC… toute cette soupe pop qui inondait les ondes. Sa mère, bien sûr, qui en prend plein la gueule sur "Kill You". Sa femme, Kim, dans une chanson d'une violence inouïe qui porte son nom et qui se termine par le bruit d'une voiture qui plonge dans un lac. Sa maison de disques, les radios, le gouvernement, Dieu lui-même et, surtout, lui. Une auto-flagellation en règle. C'est ça, la force de ce disque. Cette schizophrénie constante entre Marshall, le gamin paumé de Detroit qui a galéré toute sa vie, et Slim Shady, son double maléfique, son exutoire, ce monstre qu'il a créé et qui le dépasse. C'est lui qui se charge des basses besognes. C'est Shady le misogyne, l'homophobe, le raciste, le sociopathe. C'est un artifice, une provocation ultime. Et bordel, qu'est-ce que c'est bien fait. Il pousse le bouchon tellement loin que ça en devient presque de l'art. Il a fait de la vulgarité une poésie. Une poésie crade, violente, dérangeante, mais une poésie quand même. Il a cette façon unique de jongler avec les mots, les rimes internes, les allitérations, une technique qui a mis à genoux les plus grands noms du rap. Comment un blanc a-t-il pu s'imposer dans un milieu si codifié, si majoritairement noir ? Il le dit lui-même sur "Who Knew" : "I don’t do black music/I don’t do white music". Il fait sa propre musique. Une musique de combat pour les gamins du lycée, comme il le clame. Une musique qui parle de la frustration, de la colère, du sentiment d'être un paria. Et ça, c'est universel. Que tu sois un gamin blanc du Nebraska ou un jeune noir du Bronx, tu peux te reconnaître dans cette rage. C'est là qu'il a réussi le tour de force de populariser le hip-hop dans des couches de la société qui en étaient jusqu'alors hermétiques. Vingt-cinq ans plus tard, le disque n'a pas pris une ride. Les prods de Dre sont toujours aussi monstrueuses, ce mélange de G-funk lancinant et de samples cartoonesques fonctionne à merveille. Les flows d'Eminem sont d'une précision chirurgicale, changeant de rythme, de ton, avec une facilité déconcertante. Des morceaux comme "Stan", ce dialogue épistolaire tragique avec un fan obsessionnel, samplant la douce Dido, c'est du génie pur. "The Way I Am", cette explosion de colère brute contre la célébrité. "The Real Slim Shady", ce tube planétaire à l'humour potache mais au flow dévastateur. Il n'y a rien à jeter. C'est un classique, un putain de chef-d'oeuvre. Un album qui a marqué son époque et qui continue de résonner aujourd'hui. Il est au sommet de sa discographie, à égalité avec "The Eminem Show" qui viendra confirmer son statut de superstar. C'est un monument. Alors ouais, un gros 5/5. Et pour ceux que ça dérange… "So you can suck my dick if you don't like, my shit".
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4/5
En 1998, la musique électronique était une adolescente hyperactive et un peu vulgaire. Le Big Beat des Chemical Brothers et de Fatboy Slim faisait trembler les murs des clubs avec des beats gras et des sirènes hurlantes. C'était l'époque de l'efficacité, de l'hédonisme un peu crétin, une course à l'énergie pure. Et puis, du fin fond de l'Écosse, est arrivée une anomalie, un disque sorti sur Warp, le label des têtes chercheuses comme Aphex Twin, mais qui ne sonnait comme rien de connu. Sa pochette était étrange, une photo de famille délavée, presque fantomatique, comme retrouvée dans le grenier d'une maison abandonnée. Son nom : Boards of Canada. Son titre : "Music Has the Right to Children". Et son contenu : un putain de chef-d'oeuvre. Il faut être clair : cet album n'est pas un disque, c'est une machine à remonter le temps. Mais une machine détraquée, qui ne vous ramène pas à un souvenir précis, mais à la sensation même du souvenir. C'est ça, le coup de génie des deux frères, Michael Sandison et Marcus Eoin, ils ont créé une musique qui sonne comme une mémoire collective, comme le fantôme de notre enfance à tous. Comment ils ont fait ça ? Avec une alchimie sonore unique, à la fois simple et incroyablement complexe. Les beats sont lents, souvent inspirés du hip-hop des années 80, mais comme passés à la machine à laver, déformés, ralentis. Ils ne vous font pas danser, ils vous bercent, ils vous donnent le rythme d'une balançoire qui grince doucement. Les mélodies au synthétiseur sont d'une simplicité désarmante, enfantines, mais toujours légèrement désaccordées, comme un vieux jouet qui n'a plus de piles. C'est cette imperfection, cette "chaleur froide", qui donne au disque sa couleur si particulière. C'est le son d'une cassette VHS qu'on aurait regardée cent fois, d'un documentaire sur la nature des années 70, d'une émission pour enfants entendue depuis une autre pièce. Et puis il y a ces voix, des bribes de voix d'enfants, des phrases prononcées par des ordinateurs aux accents métalliques. Sur "Aquarius", on entend un sample de Sesame Street qui compte les couleurs, et ça n'a rien de mignon. C'est étrange, presque angoissant, on a l'impression d'entendre les fantômes de la télévision de notre enfance, piégés dans les circuits de la machine. "Music Has the Right to Children" ne vous rappelle pas votre enfance, il vous rappelle le sentiment d'avoir eu une enfance. C'est une mélancolie universelle, douce et profonde. Des morceaux comme "Roygbiv" sont d'une beauté à tomber par terre. En moins de trois minutes, avec une mélodie d'une pureté cristalline et un beat nonchalant, ils arrivent à vous submerger d'une émotion indéfinissable. C'est une nostalgie sans objet, une tristesse heureuse. Contrairement à beaucoup de disques électroniques de l'époque, celui-ci ne demande aucun effort, on se laisse glisser dedans comme dans un rêve. Il n'y a pas de morceau faible, pas de moment de rupture. C'est un flux continu, un voyage de 60 minutes dans les limbes de la mémoire. Cet album est devenu, à juste titre, un élément important de la musique électronique, il a influencé des centaines d'artistes et créé un sous-genre à lui tout seul. Mais personne n'a jamais réussi à recréer cette magie si particulière. Beaucoup ont copié les sons, les synthés analogiques, les beats ralentis. Mais personne n'a réussi à copier l'âme. C'est un disque hors du temps, parce que son sujet, le souvenir, est intemporel. Il est aussi glacial que la pochette le suggère, mais c'est la froideur d'une vitre sur laquelle on vient dessiner avec son doigt, réchauffée par la buée de notre propre souffle. C'est un pur moment de bonheur, mais un bonheur teinté de la conscience aiguë que le temps passe et que les enfants que nous étions ont disparu pour de bon. Un disque qui ne vous rend pas triste, mais qui vous rappelle que vous l'avez été un jour, et que c'était beau. Un chef-d'oeuvre absolu, hanté et magnifique. 4 sur 5.
1 likes
Grant Lee Buffalo
5/5
Aujourd'hui, on aborde un sujet sensible. Un cas d'école. Comment rester objectif, comment garder une once de distance critique, quand on vous demande de parler d'un de vos albums de chevet ? D'un disque qui a squatté votre platine, votre lecteur CD, votre baladeur, jusqu'à en user les sillons et les circuits imprimés ? La réponse est des plus simple : on n'en a rien à foutre. L'objectivité, c'est pour les critiques qui n'ont jamais vraiment aimé la musique, ceux qui la dissèquent comme une grenouille en cours de SVT, sans jamais en sentir le coeur battre. Moi, la musique, je la vis, je la baise, je me roule dedans. Et "Fuzzy" de Grant Lee Buffalo, c'est une histoire d'amour. Nous sommes en 1993. Le monde de la musique est un champ de bataille. D'un côté, le grunge de Seattle a tout ravagé sur son passage. Des hordes de jeunes en chemises de bûcheron nous expliquent à quel point leur adolescence a été merdique sur fond de guitares saturées. De l'autre, la Britpop commence à pointer le bout de son nez avec ses hymnes arrogants et ses références aux Kinks. C'est l'époque du bruit, de la fureur, de l'ironie post-moderne et des Doc Martens. Et puis, au milieu de tout ce bordel, débarque un trio de Los Angeles, Grant Lee Buffalo. Ils ne ressemblent à rien de ce qui passe en boucle sur MTV. Pas de pose nihiliste, pas de drapeau anglais sur les amplis. Juste trois mecs qui semblent tout droit sortis d'un roman de Steinbeck après un détour par un club de rock alternatif. Et ils nous livrent "Fuzzy". Ce disque est un anachronisme magnifique, un ovni total dans le paysage de l'époque. C'est un disque qui refuse de choisir son camp. Il est à la fois folk, americana, rock, et même noise par moments. C'est une bête étrange, un disque qui caresse avec la douceur du folk avant de te lacérer le visage avec une guitare électrique saturée de larsen. Il y a une tension permanente, un équilibre précaire entre la mélancolie la plus profonde et des envolées électriques quasi-héroïques. Mais la pièce maîtresse, le joyau de la couronne, l'arme de destruction massive de cet album, c'est la voix. Et merde, quelle voix ! Grant Lee Philips. Ce type n'est pas un chanteur, c'est un sorcier. Sa voix est un instrument à part entière, capable de passer d'un murmure fragile à un falsetto déchirant qui vous file la chair de poule, pour ensuite redescendre dans des graves d'une chaleur et d'une noirceur abyssales. C'est une voix qui porte en elle toute l'histoire de la musique américaine, du blues du Delta au rock'n'roll, en passant par les complaintes country. Une voix sombre, parfaite, d'une justesse implacable qui semble chanter directement depuis l'âme, sans aucun filtre. Chaque mot est pesé, chaque intonation est chargée d'une émotion brute, palpable. Écouter "The Shining Hour" ou "Jupiter and Teardrop", c'est comme recevoir une confession intime, un secret murmuré au creux de l'oreille dans une pièce sombre. Je ne vais pas vous faire l'affront de détailler chaque morceau. Ce serait un crime. "Fuzzy" est un tout. Un voyage. Un trip mélancolique et décalé dans une Amérique fantasmée, une Amérique de routes poussiéreuses, de coeurs brisés et de rêves déçus. Les guitares acoustiques sont poignantes, la basse de Paul Kimble est d'une sobriété et d'une efficacité redoutables, et la batterie de Joey Peters est tout en retenue, explosive quand il le faut, mais toujours au service de l'atmosphère. Le disque est traversé par une tristesse poignante, mais ce n'est jamais du misérabilisme. C'est une tristesse digne, belle, presque réconfortante. C'est la bande-son parfaite pour les nuits d'insomnie, pour les moments où l'on se sent un peu à côté de la plaque, un peu décalé par rapport au reste du monde. "Fuzzy" est un disque qui vieillit admirablement bien, comme un grand vin. En fait, il ne vieillit pas. Il est intemporel. Là où tant d'albums des années 90 sonnent aujourd'hui comme des reliques, celui-ci conserve toute sa fraîcheur, toute sa pertinence. On peut y retourner, encore et encore, et y découvrir de nouvelles subtilités, de nouvelles raisons de tomber amoureux. C'est un disque qu'on peut s'enivrer d'écouter, sans aucune modération, et sans jamais craindre la gueule de bois. Juste le vague à l'âme, peut-être. Mais un vague à l'âme délicieux. Ce n'est pas juste un bon disque. C'est un disque nécessaire. Un de ceux qui vous rappellent pourquoi la musique est si importante. C'est le genre de disque qui vous fait dire que, finalement, tout ce bordel en valait la peine. Alors oui, ma note est de 5/5. Sans aucune objectivité. Parce que certains disques ne s'écoutent pas avec la tête, mais avec le coeur. Et "Fuzzy" a pris le mien il y a bien longtemps, et ne l'a jamais rendu. Un chef-d'oeuvre, point barre.
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4-Star Albums (118)

1-Star Albums (37)

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